Décembre 2000 - François Ploye


Interview La Terre
31 Mai 2000
Climat : le principe de précaution doit prévaloir. Après les inondations dans le sud de la France en novembre 1999, les tempêtes de décembre, ces dernières semaines, de violents orages ont traversé la France. Le nord de l'Europe vient d'essuyer à son tour de violentes tempêtes. Selon François Ploye, cette succession renforce les soupçons de dérèglements climatiques liés aux pollutions humaines. Pour lui, le principe de précaution doit s'imposer. La succession d'intempéries, spectaculaires et destructrices à laquelle nous assistons depuis plusieurs mois, est-elle le signe de dérèglements climatiques dus aux émissions de gaz à effet de serre ?

François Ploye : Toute la difficulté est de savoir si on peut le prouver ou pas. Aujourd'hui, il n'y a aucun scientifique qui pourra vous affirmer que les dérèglements climatiques ont une cause liés aux pollutions humaines. En revanche, on sait que statistiquement, l'augmentation de l'effet de serre peut augmenter la fréquence des dérèglements. Les évolutions du climat se jugent sur des dizaines d'années. Deux ou trois ans de situations météorologiques exceptionnelles ne prouvent rien au sens scientifique. Mais, elles renforcent les soupçons sur l'effet de serre. D'un côté, on émet plein de gaz qui renforce l'effet de serre. De l'autre, c'est mesuré, depuis un siècle la terre se réchauffe. Et, ce réchauffement de la terre augmente la fréquence des situations météorologiques extrêmes : il y a plus de changemenst des courants marins, plus de cyclones, plus de tornades, plus de sécheresse, plus d'inondations... La série à laquelle nous assistons est effectivement exceptionnelle. Mais il se peut aussi que sur les vingt ans qui viennent, il ne se passe plus rien. Cela se juge sur la durée. Alors, il y a encore quelques personnes pour dire que l'on n'est pas sûr que ce soit l'effet de serre...
Le principe de précaution doit prévaloir. Il faut prendre des mesures pour tenter de ralentir les dommages. Et, les dérèglements climatiques sont d'autant plus violents que les écosystèmes et les sociétés humaines ne sont pas préparés pour réagir.

Mesure-t-on également une augmentation des intempéries au niveau planétaire ?

Oui, il y a eu El Nino, les inondations en Chine, en Amérique du sud, le cyclone Mitch... Les années 90 ont été particulièrement chaudes - elles comptent six ou sept années les plus chaudes du siècle. Donc, augmentation de la température moyenne de la terre et augmentation des intempéries. C'est très directement lié. Plus la température de la planète est chaude, plus vous avez de tels phénomènes. C'est vérifié.
Cela paraît logique que cette augmentation de chaleur soit liée à l'augmentation de l'effet de serre. En une heure de temps on relâche dans l'atmosphère une quantité de gaz carbonique qui a mis 4000 ans à être stockée. Cela doit avoir des conséquences sur ce réchauffement.

Alors, l'effet de serre, science ou religion ?

L'étude de ces phénomènes est vraiment une science du XXIe siècle, liée à des connaissances et des outils nouveaux. En revanche, il faut éviter les dérives irrationnelles. La science ne va pas donner des certitudes. Elle va formuler des hypothèses, donner des doutes. Après, il y a des relais à prendre en terme de courage politique, de volonté de mode de vie... Les réponses ne sont pas uniquement économiques, elles sont aussi politiques, spirituelles...

A quelle échelle placez-vous la lutte contre l'effet de serre ?

Les émissions proviennent aujourd'hui pour deux tiers des pays développés, et un tiers des pays en voie de développement. Les pays développés ont une responsabilité à mettre en oeuvre des solutions et aider les pays en voie de développement. Ces derniers ont un rôle important notamment avec la déforestation, les forêts brûlées...
La lutte contre l'effet de serre globalise les problèmes de pollutions. Les problèmes écologiques sont souvent locaux. L'effet de serre à la particularité d'avoir une dimension mondiale. Si les voitures sont propres chez vous, mais que les voitures de l'autre bout du monde polluent de plus belle, le problème n'est pas résolu.

Propos recueillis par Fabrice Savel.