Jeune Afrique L'intelligent N°2183 -  11 au 17 Novembre 2002

Des idées toujours novatrices

Par François Ploye
 
En matière de construction, les idées les plus anciennes ne sont pas forcément dépassées. Pour améliorer le confort thermique sans accroître la consommation d'énergie, un certain nombre de techniques traditionnelles ont fait leurs preuves. C'est le cas du système des bàdguirs, utilisé dans la région aride de Yazd, en Iran. Dans cette ville, l'une des plus anciennes du monde, le vent est canalisé vers l'intérieur des habitations par des sortes de « cheminées » installées sur les toits. Il se refroidit ensuite au contact d'un bassin d'eau et crée un courant d'air frais fort bien venu. Regroupées sous le terme générique d'architecture « bioclimatique », des techniques similaires de ven-tilation naturelle ont été mises au point, au cours des vingt dernières, années par des chercheurs et des architectes. Si la bioclimatique se révèle très performante dans les régions froides, grâce notamment aux techniques solaires (qui connaissent un énorme succès en Europe du Nord), elle ouvre également des perspectives très intéressantes dans les pays chauds. À Harare, au Zimbabwe, l'architecte Mick Pearce a, par exemple, conçu un ensemble de bureaux refroidis naturellement, comme une termitière. L'immeuble n'a pas de climatisation et sa consommation totale d'énergie ne représente que 10% de celle d'un immeuble classique. Mais de telles réalisations restent l'exception, en raison essentiellement de leur coût.
Bàdguirs à Yazd, Iran
© Marjane Mesbah

Le Groupe énergies renouvelables et environnement (Geres) a mené à bien plusieurs réalisations bioclimatiques, aussi bien en pays chauds qu'en pays froids. Alain Guinebault, son directeur, explique : « En Chine, nous sommes parvenus à contenir le surcoût à 5%, ce qui reste justifiable auprès des bailleurs de fond. D'autant que, dans les pays froids, les gains en chauffage sont aisément quantifiables. En revanche, le surcoût a atteint 7% en Tunisie et près de 20% au Burkina, ce qui est quasi injustifiable, surtout pour les écoles et les logements sociaux où, en toute occurrence, la climatisation n'aurait pas été installée. On accepte une température de 50 °C dans les classes, parce que seul compte le nombre d'écoles construites. Il est dommage que la bioclimatique soit, dans les pays chauds, réservée aux résidences pour gens aisés. »

Autre problème, ces constructions ne donnent pas une image de modernité, et pas seulement pour les immeubles de bureau. Alain Guinebault a constaté qu'il est « très difficile de convaincre les promoteurs d'utiliser des matériaux traditionnels, pourtant remarquable comme les briques en terre stabilisée ». Mais tout espoir n'est pas perdu : l'architecture bioclimatique, lancée à l'origine par les architectes est maintenant intégrée dans le concept plus large d'« efficacité énergétique », que défendent les ingénieurs. Le Gères publiera d'ailleurs prochainement, en collaboration avec l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), un guide pour mieux contrôler les dépenses énergétiques dans les établissements de santé des pays en développement. Une démarche qui inclut de nombreux concepts bioclimatiques.