Si
pour se divertir la majorité des internautes a
déjà expérimenté la
visualisation de vidéo en ligne, les marchés
rémunérateurs du streaming sont plutôt
à chercher du côté des applications
professionnelles.
Une enquête conjointe TN Sofres et Narrowcast a
montré en juin dernier la diffusion progressive du streaming
audio et vidéo dans le paysage Internet : 52% des
internautes français connaissent ou ont
déjà utilisé le streaming mais 12%
seulement en sont familiers. Les internautes français
regarderaient environ 20mn de vidéo streamée par
mois. On est encore loin de l'usage de la
télévision classique qui est de trois heures en
moyenne par jour. Les internautes consultent en priorité les
bandes annonces, films et clips (66% des usages), suivies des
publicités (37%) et des news (31%).
La progression plus faible qu’espérée
du nombre de connexions haut débit installées
(plus de 300 000 actuellement en France) ainsi que la saturation
intermittente du réseau Internet expliquent la
réticence du grand public vis à vis de programmes
en ligne d’une piètre qualité technique.
Un
environnement grand public défavorable
Les webtélés productrices de contenus comme
Canalweb ou Clicvision peinent à se rapprocher d'un
équilibre financier. L'internaute français est
habitué au tout gratuit et le mode "abonnement" est peu
répandu dans les mentalités. La solution du
“ pay per view ” où
une micro-somme est prélevée à chaque
consultation, devrait être davantage populaire.
Les entrées d’argent venant des
publicités se sont par ailleurs effondrées. Les
annonceurs se sont rapidement méfiés
d’un media dont l'audience n'est pas mesurée et
demeure faible. Loftstory.fr a culminé à 20 000
personnes connectées simultanément. Les
webtélés commencent néanmoins
à proposer des chaînes payantes. A l'instar du
minitel qui a débuté dans le rose, Canalweb a
lancé sa première chaîne payante
MySexyTV début Juin et Clicvision a lancé quatre
programmes payants dont la chaîne TV Coquine.
Le marché du programme en ligne reste toujours
très prometteur mais la période des vaches
maigres se prolonge. Signe rassurant, les connexions haut
débit aux USA ont presque triplé
l'année dernière pour dépasser sept
millions de connexions.
Mais en attendant les investisseurs paniquent. Nouvo.com a
fermé définitivement en Avril dernier et
Clicvision.com a du licencier la quasi-totalité de son
personnel en début d’année. Canalweb,
qui a déjà levé 24 ME depuis
l'origine, n'a pu lever en août dernier que 4 ME contre 45 ME
que souhaitait son PDG.
Des sites comme Liberafilms.fr ou Netcine.com du groupe
Pathé qui diffusent des catalogues de films à la
demande, s'en sortent un peu mieux. Tirant profit de l'exemple de ses
prédécesseurs malheureux, la
webtélé marseillaise TV-UP,
créée en début d'année,
espère en un équilibre financier obtenu par
l'édition de produits logiciels et par la diffusion de ses
contenus audiovisuels par le satellite ou le câble.
Des
applications professionnelles diversifiées
Pour les entreprises et les Universités, la situation est
différente. Les Intranet assurent un environnement de
diffusion de qualité et des budgets existent pour la
communication interne et externe (salons) mais surtout pour la
formation. D’ores et déjà, plus de 6%
de la formation des salariés se fait en ligne avec un usage
croissant de la vidéo. Les entreprises sont aussi
très désireuses de diffuser par streaming
l’information concernant leurs nouveaux produits. La
diffusion vers les différentes unités ou agences
d'un groupe est plus simple et plus rapide qu'avec la vidéo
classique.
La visio-conférence sur Internet qui utilise le standard de
codage dédié H.263 est un autre marché
professionnel florissant. Jusque là, la
visio-conférence se faisait via des liaisons
numériques spécialisées, ISDN ou par
liaisons satellites. Les vidéos-conférences sur
réseau IP Internet mixtent des interlocuteurs
situés dans des salles équipées avec
des interlocuteurs situés derrière leur station
individuelle pourvue d’une simple webcam. Des solutions
logicielles gratuites issues de la recherche existent comme IVS
développé par l'INRIA ou VIC
développé par l'Université de
Berkeley. Microsoft propose aussi un outil NetMeeting très
pratique à utiliser.
Mais l'enjeu est plus vaste. L'objectif est de créer sur des
réseaux Intranet bien configurés les outils
permettant un travail collaboratif efficace avec
échanges de documents et même maquette virtuelle.
Récemment des acteurs majeurs comme PictureTel, FVC (First
Virtual Communications) et CuseeMe Networks ont unis leurs
compétences pour y faire face.
Les
cyber-experts
La visio-conférence par Internet est un outil
idéal pour faire intervenir les experts à
distance. Que ce soit pour la maintenance, la formation ou la
recherche scientifique, les applications se diversifient. Ainsi en
médecine, une mallette médicale a
été équipée d’une
webcam permettant au médecin d'établir
à distance un pré-diagnostic. Cette mallette
intéresse les assureurs américains qui y voient
là un moyen de réduire les frais de consultation.
Les cyber-experts vont se multiplier qui vont pouvoir à
plusieurs milliers de km réparer les avions,
décider d'une intervention chirurgicale ou participer
à un procès.
Big
Brother
Enfin, ce n’est pas un hasard si les premiers
succès vidéo enregistrés sur le net
concernaient des webcams installées jour et nuit chez des
particuliers. Le succès ne se dément pas
d’avoir le monde à sa disposition depuis sa
chambre. La télé-surveillance par le web
permet de surveiller son domicile depuis son travail ou de pouvoir
regarder ses enfants lorsqu’ils sont à la
crèche, comme dans les cyber-crèches
d’Issy-les-Moulineaux. La surveillance à distance,
parent sécuritaire du voyeurisme des reality shows, se
développe. Les caméras se miniaturisent et le net
offre une architecture omniprésente qui donne
accès en permanence à tous les lieux. Il est
déjà possible d’être
prévenu de l’autre bout du monde sur son
téléphone portable d’une intrusion dans
son domicile et de pouvoir faire vociférer son chien virtuel.
Alain Deschamps
Directeur associé de Convergence Numérique
Pourquoi
Convergence Numérique ?
Nous avons créé Convergence Numérique,
société d’audit et de conseil,
il y a six mois, en pariant sur la convergence entre
l’informatique, la
vidéo et Internet. Nous sommes positionnés sur la
vidéo sur Internet et
sur la domotique sur Internet. Nos clients sont essentiellement les
grandes écoles et universités avec le
marché de la formation en ligne
et les entreprises et les grands comptes institutionnels avec la
communication mais aussi avec la formation et la
visio-conférence.
Existe-t-il
un marché du streaming ?
La difficulté est que nous sommes au début du
marché. Le grand public
est dépendant de l’arrivée du haut
débit, qui se développe moins vite
que toutes les spéculations. On constate beaucoup
d’offres de services
et des opérateurs avec une qualité de services en
hausse mais très peu
d’acteurs de programmes car les modèles
économiques gratuits du net ne
favorisent pas le développement de programmes. Mais
ça va changer et
pour les entreprises, c’est plus facile avec la
présence d’Intranet qui
assure des débits suffisants.
Et
la domotique ?
Pour l’instant il n’y a pas grand-chose au niveau
international mais
des recherches de fond ont lieu pour des applications domotiques. Le
sujet est de piloter ce que vous avez dans votre maison sur des normes
web, ouvertes et standards. Des industriels comme Legrand sont
intéressés, qui propose de mettre un serveur web
dans votre armoire
électrique mais il manque de sociétés
qui ont des applications et il
reste le problème de normes propriétaires,
spécifiques.
Le
réseau Internet est-il fiable pour des applications
professionnelles ?
Il faut espérer dans l’évolution de
normes pour le réseau IP. Sinon,
les promoteurs immobiliers par exemple commencent à
prévoir des
infrastructures Intranet au niveau des lotissements. Les Intranet
permettent en effet d’augmenter la qualité de
services surtout pour la
vidéo et pour l’audio. Mais pour
l’instant, le manque de fiabilité
demeure un frein pour les services proposées.
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Pour
plus d'informations
IVS / l'INRIA
www-sop.inria.fr/rodeo/mice-nsc/ivs
VIC / Université de Berkeley
www-nrg.ee.lbl.gov/vic/
La maison domotique
www.maison-domotique.com/
© octobre/novembre 2001 François Ploye et Pixel SA