Dossier Video sur le Web : Vers un streaming de qualité
La diffusion de la vidéo sur
Internet, sous la contrainte d'une très faible bande passante,
oblige à de multiples prouesses technologiques. De nouveaux
intervenants cherchent à entrer sur le marché.
Deux modes permettent de visionner la vidéo sur Internet : le
téléchargement classique du fichier vidéo sur son
disque dur suivi d'un visionnage, ou le streaming inventé par
RealNetworks en 1995 qui permet de visionner en continu les images
à travers sa connexion. Le faux streaming est un
téléchargement progressif qui permet de commencer
à visionner avant la fin du téléchargement. Autre
avantage du vrai streaming, l'internaute peut se positionner à
l'endroit de son choix dans le fichier.
Comment fonctionne un serveur de streaming ? Le point essentiel est
d'avoir fait sauter la garantie qu'offre le protocle http des serveurs
Internet de ne pas perdre de données. Ce protocole
vérifie en effet en permanence que les données
reçues sont complètes grâce à de nombreux
allers et retours entre le serveur et le client. Rien de tel avec les
serveurs de streaming qui ne demandent pas de confirmation que les
paquets envoyés sont bien reçus. La perte de
données est considérée comme non catastrophique.
Les échanges sont donc plus rapides mais il peut y avoir des
trous dans la réception.
La famille MPEG
L'histoire de la compression vidéo passe par les formats MPEG.
En 1992 est sorti le MPEG-1 destiné aux CD-Rom, avec un taux de
compression pour une qualité VHS s'élèvant
à 30/1. Le MP3 (MPEG-1 audio layer 3) s'est imposé
largement comme le standard de diffusion de la musique. Le MPEG-2, qui
offre une meilleure qualité de compression, est utilisé
pour la télévision satellitaire et pour les DVD.
Le MPEG-4, dont les premières caractéristiques ont
été approuvées en 1998 et 1999, a
été établi pour fonctionner aux débits
faibles nécessaires pour les vidéo-conférences.
Utilisant un algorithme de compression par ondelettes (WDT), il est le
seul format de la famille MPEG permettant un débit suffisant
pour un streaming Internet. Il est devenu un enjeu important pour
l'Internet mobile des PDA et des téléphones portables
avec écrans LCD. En revanche, il n'est pas du tout
présent sur les stations individuelles où le
marché est bien contrôlé par RealNetworks et
Microsoft.
De nombreuses sociétés se lancent néanmoins dans
la compétition avec la commercialisation d'un MPEG-4. Ce nouveau
standard doit permettre de diffuser le même encodage vidéo
sur différents supports : PDA, téléphones mobiles,
télévision numérique sur IP, etc
La division MP4net Philips a créé sa propre gamme
d'outils WebCine : encodeur, serveur et lecteur utilisant le MPEG-4.
iVast propose aussi un studio complet depuis l'authoring jusqu'au
player de même que la start-up californienne Envivio filiale de
Philips et de France Telecom qui possède onze brevets sur le
MPEG-4. PacketVideo s'est spécialisée quant à elle
sur le marché des appareils sans fil et a signé en juin
des accords avec Siemens et Sagem.
Les formats propriétaires
Mais pour l'instant, en attendant que le MPEG-4 soit
pérennisé, les trois formats principaux de streaming sont
tous propriétaires y compris le format de Microsoft qui a
adopté un format de compression proche du MPEG4. Le format Real
est de loin le plus populaire (130 millions d'utilisateurs
annoncés en 2000), vient ensuite Windows Media de Microsoft qui
gagne rapidement du terrain, puis en dernier vient Quicktime d'Apple
qui représenterait environ 20% de la base installée et
qui continue à baisser en pourcentage.
Pour la diffusion de vidéos au format Real et QuickTime, il est
possible d’avoir un serveur de streaming unique utilisant la
norme commune RTSP. Microsoft fait bande à part et son format
nécessite un serveur avec un protocole propriétaire MMS.
Real de RealNetworks est basé sur un codec optimisé en
collaboration avec Intel. Son succès vient d'une compression
excellente à très bas débit. Par ailleurs, la
technologie utilisée permet à la vidéo de
s'adapter automatiquement et dynamiquement à la vitesse
réelle de la connexion du client. Autre avantage, l'encodage est
particulièrement rapide permettant de minimiser le nombre de
serveurs utilisés.
Le challenger de Real est le format ASF de Microsoft qui est une
variante propriétaire du MPEG-4 de très bonne
qualité. Microsoft espère bien faire disparaître
Real du marché avec le lancement en Octobre de Windows XP
équipé en standard d'une version gratuite de Media Player
8. La contre-offensive de RealNetworks consiste à
fidéliser ses utilisateurs en leur proposant un abonnement leur
donnant accès en exclusivité à du contenu (la
"Gold Pass").
Quant à Apple, son produit Quicktime permet depuis la version 4
un streaming qui malheureusement ne s'adapte toujours pas à la
bande passante de l'utilisateur. Son codec Sorenson (SV3) est
d'excellente qualité sauf pour les très bas débits
ce qui le rend peu séduisant pour la majorité des
connexions grand public. Mais Apple s'intéresse au format
MPEG-4, qui en terme d'architecture multimedia, a été
largement basé sur la technologie Quicktime-4. Au contraire de
ses deux concurrents, Apple est présent dans l'ISMA (Internet
Streaming Media Alliance) avec Sun, Philips et Thomson actifs à
promouvoir un MPEG-4 standard. Apple a ainsi montré en juin
dernier des demos de son nouveau codec MPEG-4.
Des outsiders de qualité
Dans la guerre des codecs, il faut signaler le codec DivX, un Mpeg-4
amélioré, qui arrive à des taux de compression
compris entre 60/1 et 100/1 pour une qualité VHS. Les
créateurs du DivX ont démarré une
société, Project Mayo, et diffusé une version open
source du codec, OpenDivX. Ils viennent de sortir en août un
nouveau codec encore plus puissant, le DivX deux. Supposé
légal, le DivX deux risque de rentrer en conflit avec de
nombreux brevets, les technologies derrière le MPEG-4
étant très fortement protégées.
Le DivX pour l'instant n'est pas streamable, il existe un autre codec
concurrent qui est streamable, le 3ivX. Enfin des
sociétés proposent des solutions propriétaires
complètes serveurs, codages et lecteurs pour une diffusion haut
débit comme Media[netCom] ou comme On2.
Le streaming sans plugin
Plusieurs sociétés proposent du streaming sans plugin,
généralement en utilisant Java comme pour la technologie
d'IBM du centre de recherche d'Haifa en Israël (codages H.263
spécifique à la visio-conférence ou MPEG-4) ou
celle de LogaStream. La société Emblaze Systems propose
aussi une solution sans plugin Emblaze On Demand. Ces technologies sont
très efficaces pour des bannières ou des
publicités qui étant imposées à
l'internaute, ne peuvent pas en plus lui demander de
télécharger le bon plugin.
Du bon usage des serveurs
Mais pas de bon streaming chez le client si les données restent
coincées dans le réseau Internet en amont voire pire si
le serveur est congestionné. Des sociétés comme
Akamai ou Ipercast ont installé un réseau mondial de
serveurs afin d'utiliser pour chaque internaute le serveur le plus
proche et le plus disponible.
Dans le cas de la diffusion d'un programme à des millions
d'internautes, la capacité des serveurs à supporter la
charge est particulièrement crucial. La technologie de streaming
classique impose au serveur d'envoyer les données dans un
certain ordre avec un timing donné. La start-up
américaine Digital Fountain, qui a
bénéficié de prises de participation de Cisco,
Sony, Adobe et Texas Instruments, a présenté un nouveau
format de streaming révolutionnaire qui permet de
résoudre le problème des données manquantes. Le
principe du nouvel algorithme est de ne plus exiger
l'arrivée des données chez le client dans un ordre
déterminé. Le serveur envoie aléatoirement des
données légèrement redondantes.
Indépendamment de l'ordre d'arrivée des données et
même si certaines données sont manquantes, un
réassemblage "intelligent" effectué par le player du
client rend possible l'affichage de la vidéo.
Pour plus d'informations
MPEG
www.cselt.it/mpeg
www.m4if.org/
Philips / WebCine
www.mpeg-4.philips.com/
iVast
www.ivast.com
Envivio
www.envivio.com
PacketVideo
www.packetvideo.com/
Real / RealNetworks
www.real.com
Windows Media / Microsoft
www.microsoft.com/windows/windowsmedia
Quicktime / Apple
www.apple.com/quicktime/
Project Mayo / Open DivX et DIV-X
www.projectmayo.com/
3ivx
www.3ivx.com
Media[netCom]
www.media-netcom.fr
On2
www.on2.com/
IBM / plugin Java
www.haifa.il.ibm.com/projects/multimedia/audio_video/thinplayers.html
LogaStream /plugin Java
www.logastream.com/
Emblaze Systems / Emblaze On Demand
www.emblaze.com/
Digital Fountain
www.digitalfountain.com/
© octobre/novembre 2001 François Ploye et Pixel SA