Le
scan 3D d'objets par saisie laser
ou par projection de motifs lumineux génère de
grandes
quantités de points sous forme de nuages. De nombreuses
techniques existent pour filtrer et éditer ces nuages et
reconstituer des surfaces géométriques
optimisées.
Deux techniques de scan 3D laser existent, par triangulation et par
temps de vol. La technique par mesure du temps de vol est
utilisée pour scanner à partir de dix
mètres, sa
précision est variable en fonction des conditions
atmosphériques comme la température. Quant
à la
triangulation elle s'effectue en mesurant l'angle sous lequel est vu le
point d'impact du laser grâce à un capteur CCD.
Comme la
précision de cette technique décroît
avec la
distance à l'appareil de mesure, elle est surtout
utilisée pour les scanners à courte distance.
Parmi ces
scanners dédiés au prototypage rapide, outre les
excellents Minolta, il faut citer aussi le Picza LPX-250 de Roland qui
est sorti récemment. Très facile à
utiliser, il
scan au choix en rotatif ou en planaire et permet de sortir les
modèles reconstitués dans les
différents formats
industriels DXF, STL, 3DMF ou IGES. Autre technique pour les scans
à courte distance du type Breuckman ou Eyetronics, des
grilles
lumineuses ou des franges d'interférences sont
projetées
sur le modèle. Une double saisie est nécessaire.
Visualiser
directement les nuages
Les nuages de points obtenus par scan pourraient être
directement
visualisés par hardware. Mais il n'y a pas d'architecture
matériel pour visualiser directement des nuages de points
mappés avec des textures. Le pipeline graphique actuel des
stations de travail est en effet dédié
à
l'interpolation sur polygones. J.Torborg and J.Kajiya du centre de
recherche de Microsoft ont proposé en 1996 au Siggraph une
architecture matérielle "Talisman" sachant gérer
la
technique IBR ("Image Based Rendering"). Mais le projet n'a pas abouti.
D'après Xin Chen, directeur adjoint de Mensi, "l'industrie
graphique a tellement investi dans le pipeline graphique actuel qu'il
est devenu très difficile de faire évoluer les
techniques
de rendering dans d'autres directions". Il n'y a donc pas d'autre
solution que de reconstituer des modèles
géométriques à partir des nuages de
points, pour
pouvoir les visualiser en temps réel de manière
standard.
Reconstruire
les
géométries
La méthode de reconstruction la plus simple consiste
à
partir de chaque point de vue et à en déduire par
simple
projection un réseau de polygones mappés. On
utilise
ainsi séparément chaque nuage issu d'une prise
unique.
Les modèles géométriques sont ensuite
fusionnés. Un outil comme Polyworks utilise cette technique.
Elle peut poser des problèmes si les nuages de points ont
été déformés à
la saisie, il devient
plus difficile de rattraper cette distorsion une fois les nuages
convertis en polygones.
Une autre méthode plus complexe permet de reconstituer la
géométrie à partir d'un nuage
quelconque, y
compris avec un nuage résultat de la fusion de plusieurs
nuages.
Le logiciel de reconstruction 3Dipsos de Mensi procède ainsi
:
l'étape de saisie des nuages est suivie d'une
étape dite
de "consolidation" où les différents nuages sont
assemblés avant la phase finale de reconstruction
géométrique. Dans les produits comme 3Dipsos ou
Geomagic,
la surface polygonale est reconstruite par l'algorithme de
l'alpha-shape, qui est une extension de la méthode de
triangulation classique de Delaunay. Les aberrations dans les zones
concaves comme le cou – où des triangles aberrants
peuvent
relier directement les oreilles au cou - sont corrigées par
variation du alpha. Ce traitement est assez gourmand en calculs et
parfois dans des zones concaves difficiles, une intervention manuelle
est nécessaire. Dans le domaine médical
où les
formes scannées sont topologiquement très
complexes, on
préfère souvent garder une
représentaion
volumique. L'espace est discrétisé en voxels qui
prennent
la valeur moyenne des points du nuage inclus dans chaque voxel.
Optimiser
cette reconstruction
Deux contraintes se posent pour la reconstruction : être le
plus
proche possible du nuage d'origine et garder les contraintes de
continuité. Même si la surface finale est
polygonale, une
première famille d'algorithmes de filtrage et d'optimisation
utilise des techniques géométriques comme les
NURBS ou la
minimisation de l'énergie. Une autre famille regroupe les
algorithmes de traitement du signal, comme les ondelettes (wavelets),
très en pointe de la recherche.
Un autre sujet important réside dans la capacité
des
algorithmes à reconstituer proprement les arêtes.
Les
algorithmes classiques, à la triangulation, cassent les
arêtes aléatoirement. Un outil comme Geomagic qui
assure
une continuité sur les tangentes de la surface,
grâce
à son utilisation des NURBS, le fait en arrondissant les
arêtes. Garder l'information contenue dans les
arêtes est
un thème de recherche qui se développe, le "shape
fairing". C'est un sujet extrêmement crucial pour conserver
la
silhouette d'un objet, nécessaire à sa
reconnaissance.
Un autre sujet extrêmement important est de savoir
générer plusieurs niveaux de compression.
Ondelettes,
surfaces de subdivision, les techniques de reconstitution à
partir de nuages de points vers les polygones et les algorithmes de
compression polygonale gérant la multi-résolution
convergent de plus en plus.
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Xin Chen
directeur
général adjoint, Mensi
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Sur
quels marchés êtes-vous positionnés ?
Nous sommes spécialisés dans le scan par laser et
la
modélisation
d'objets de grande taille, pouvant aller jusqu'à la ville.
Notre
scanner 3D actuel Soisic permet une saisie entre 80cm et 25m, avec une
précision de 5 à 6mm. Notre produit en
développement permettra de
scanner jusqu'à cent mètres. Nos clients actuels
sont en
partie dans le
domaine culturel, pour la reconstitution de sites ou de monuments, mais
se trouvent principalement dans le domaine industriel. Avec le
retro-ingéniéring, une pièce existante
est
scannée pour être reproduite
à l'identique. Avec le retro-fit, on scan un site existant,
afin
d'être
en mesure d'y installer une nouvelle pièce ou simplement
afin de
vérifier une installation à un instant
donné. Nous
avons la
particularité d'utiliser les deux techniques de saisie laser
que
sont
la triangulation et le temps de vol. Par miracle, nous arrivons
à faire
de la triangulation précise jusqu'à 25m.
Comment
obtient-on des objets 3D à partir des nuages de points
scannés ?
Notre logiciel, 3Dipsos, reconstruit à partir des nuages de
points des
surfaces polygonales ou des primitives - comme des cylindres -
très
utiles dans le milieu industriel. Plusieurs solutions existent pour
traiter les NURBS. Un outil comme "Geomagic Studio" est capable de
convertir automatiquement les polygones
générés en
surface NURBS. Il
est très adapté à la reconstruction de
petits
objets complexes, en
particulier pour les applications culturelles. De leur
côté, les
surfaces de subdivision paraissent intéressantes pour
obtenir un
contrôle local mais n'ont pas encore
été
intégrées dans un produit
commercialisé.
Un autre point important est la capacité à
restituer
correctement la
couleur des objets scannés. Sur nos appareils une
caméra
CCD, calibrée
avec la saisie laser, saisit en instantané la couleur mais
le
résultat
est dépendant de l'éclairage de la
scène. Un nuage
passe dans le ciel
et l'ensemble devient incohérent. Des solutions physiques
existent au
stade expérimental pour reconstruire la couleur
intrinsèque à partir de
trois faisceaux laser. Je crois davantage à terme aux
solutions
de
traitement d'images. Une technique séduisante consiste
à
prendre
plusieurs images de la même scène avec des temps
de pause
différents et
à augmenter ainsi la dynamique de l'image finale.
Là
encore, il reste à
en faire un produit commercialisable et rentable.
Comment
voyez-vous l'avenir ?
Actuellement, les clients finaux commandent au coup par coup aux
prestataires de services des prestations de scan et les
données
générées ne sont pas
conservées. Demain
l'utilisation dans l'industrie
sera quotidienne. Une autre application promise à un bel
avenir
est la
surveillance permanente par scans 3D d'ouvrages sensibles susceptibles
de se déformer : métros, tunnels, barrages, etc.
Les outils pour le grand public vont aussi largement se
démocratiser.
Les "fax 3D" ou les "photomaton 3D" vont se
généraliser
pour fabriquer
des souvenirs ou pour reproduire des visages. En devenant moins
chères
et en s'automatisant, ces techniques de scan 3D vont devenir du coup
accessibles pour les institutions culturelles comme les
musées.
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Plus
d'informations :
Polyworks / Innovmetric : www.innovmetric.com
Geomagic Studio / Raindrop Geomagic : www.geomagic.com
3Dipsos / Mensi : www.mensi.com
Paraform / Arius3D : www.arius3d.com
Pygmalion3D : www.pygmalion3d.com
© mars 2002 François Ploye et Pixel SA