Dossier 3D, 2D avec Linux : Et en 2D…

Côté traitement d'images et de vidéos, le monde Linux est moins bien loti qu'en 3D. Des logiciels phares comme Photoshop ne sont pas portés, et les players vidéo pour Quicktime, Real, ou MPEG ont de piètres performances. Heureusement, comme les sociétés d'effets spéciaux sont passées sur Linux, plusieurs logiciels dédiés de compositing existent sur Linux comme Shake, de Nothing Real et Rayz de Silicon Grail, de même que des logiciels de tracking comme Boujou ou 3DEqualizer. Seul problème, Apple cherchant à promouvoir son environnement OSX face à Linux, et à garder sa place privilégiée en 2D, a racheté Shake et Rayz. Cela risque de compromettre à terme l'existence de ces différents logiciels sur Linux. Mais il existe sur Linux des produits de valeur moins connus, comme la palette Photogenics, qui possède une version HDR (High Dynamic Range).

Le secours vient du gratuit

Côté logiciels libres, en solution palette, on trouve l'excellent Gimp, qui possède une très grande partie des fonctions de Photoshop et qui a l'avantage d'avoir été décliné en une version cinéma, FilmGimp, en 16 bits. Du côté du dessin vectoriel, il existe plusieurs outils dont Figurine, développé par la communauté open source, mais le plus professionnel, comparable à Illustrator est Artstream de la société Mediascape, qui d'ailleurs peut importer des dessins au format Illustrator. Très complet, ce logiciel est aussi très innovant avec des outils comme des dégradés multicolores asservis à des formes quelconques, ou des simulations de réfraction par des lentilles. De plus, on peut manipuler des objets 3D et les éclairer, ce qui permet des combinaisons intéressantes avec le dessin vectoriel de base. Un autre très bon programme en open source pour dessiner en vectoriel est Sketch, qui est très rapide et très complet, même s'il propose moins de possibilités que Artstream. Il est de plus construit en langage Python.

    FilmGimp

    Pour répondre aux besoins spécifiques de l'industrie des effets spéciaux cinéma, Rythm&Hues et Silicon Grail ont lancé en 1998 une nouvelle version de Gimp, nommé Hollywood Gimp puis FilmGimp. Utilisé sur de nombreux films par Rythm&Hues, comme Harry Potter, Cats & Dogs, Dr. Dolittle 2, Grinch, Sixth Day, ou La Planète des Singes, FilmpGimp a failli pourtant disparaître quand Silicon Grail a arrêté de le sponsoriser. Le projet a été sauvé par Sony Pictures Imageworks qui l'utilisait en secret depuis des années, et qui a rendu public les améliorations qu'ils y avaient apporté.

    FilmGimp est maintenant un projet indépendant de Gimp, même si les deux logiciels partagent toujours la même base. Le premier atout majeur de FilmGimp est le fait de travailler en 16 bits par couleurs, au lieu de 8 bits pour Gimp, ce qui permet de mieux tenir compte de la dynamique lumineuse des films 35mm ou 70mm. Du coup, FilmGimp supporte des formats cinéma comme Cineon et OpenEXR, le format open source d'image à haute dynamique (HDR) développé par ILM. Deuxième atout, la version cinéma offre la possibilité de visualiser et de traiter des séries d'images animées, alors que Gimp et Photoshop sont dédiés aux images fixes. Typiquement, FilmGimp sert à vérifier une à une toutes les images d'une séquence de film, et à les retoucher, par exemple pour enlever des poussières ou des câbles. Enfin, l'interface utilisateur a été retravaillée, et rendue plus conviviale à l'aide de menus déroulants.

    OS supportés : Linux, IRIX, Alpha, Mac/XDarwin, FreeBSD, Solaris, IA64, S390, HP-UX, et prévu en 2003 Windows et Mac/Aqua.

    Pour en savoir plus

    FilmGimp : http://filmgimp.sourceforge.net/ 
    Open EXR : http://www.openexr.com/

Et pour la vidéo…

Comme outils d'éditing et de composition de séquences vidéo, il existe là aussi de nombreux projets pour pallier à l'absence des stars que l'on peut trouver sous Windows ou sur Macintosh. Il faut citer Jahshaka en open source, un outil complet d'édition vidéo et audio, qui est multi-plateforme. Il permet d'animer des effets 3D à partir d'éléments provenant de 3DS ou de Maya, avec un particule système intégré, détection de collisions, dynamique, motion blur, profondeur de champ, etc. Il possède une multitude d'effets et de transitions réglables en temps réel, y compris des warpings et des morphings. Il inclut aussi un module de peinture 3D ainsi qu'un générateur de fonts sophistiqué. De son côté, la société Heroine Virtual a conçu un logiciel de montage Cinelerra, spécialement conçu pour Linux, qui est plus robuste et plus sophistiqué que les logiciels de montage basiques du type Virtualdub ou Kino. L'originalité de Cinelerra est de proposer de mettre un renderfarm derrière la station d'éditing pour obtenir des effets HDTV en temps réel. L'éditeur de Cinerella distribue par ailleurs toute une série de players vidéo, dont Xmovie, un visualiseur qui lit de multiples formats : MPEG-1, MPEG-2, MP3 audio, MP2 audio, WAV, AIFF, AC3 audio, Quicktime et DVD. Sauf que là aussi, il n'est pas aisé de trouver un arrangement avec Apple lorsqu'on développe sur Linux. Le codec standard de Quicktime, Sorenson, n'est pas supporté dans Xmovie, qui en revanche peut lire du Quicktime mais avec des codecs Vorbis ou OpenDivx.

Gimp, la star du monde libre

Il est clair que la palette gratuite Gimp (GNU Image Manipulation Program), est devenue tout à fait comparable à la star Photoshop. On y retrouve d'ailleurs la même organisation, avec une fenêtre principale de travail, et de multiples fenêtres secondaires, pour la gestion des outils, de leurs formes, ou de l'empilement des calques. Il en existe aussi une version cinéma, FilmGimp, qui fonctionne en 16 bits, et qui a été initiée par Rythm&Hues puis reprise par les autres grands studios d'effets spéciaux du monde entier. Cela a largement contribué à dynamiser encore plus son développement. Enfin, Gimp est construite sur une bibliothèque graphique Gtk, qui a été portée sur Windows et sur Mac OSX. Gimp est donc utilisable dans ces environnements, mais avec un léger décalage de version.

Des fonctions indispensables

L'utilisateur habitué à Photoshop ne sera pas dépaysé par les fonctions d'étalonnage de Gimp ni par sa fenêtre d'outils. On y retrouve en effet toutes les icônes classiques, pipette, aérographe, pinceau ou crayon, gomme, rotation, sélections diverses, etc. Pour sélectionner la zone de travail, qui est une première étape indispensable, il existe plusieurs modes, rectangle, ellipse ou lasso ainsi que la baguette magique (sélection des pixels de couleurs proches), et des fonctions qui permettent l'usage de lignes plus complexes, les courbes de Béziers et les ciseaux intelligents. Mais avant de se lancer, il est important de vérifier le menu de préférences, et de personaliser les paramètres de Gimp, taille de l'image par défaut ainsi que son codage, répertoires utilisés pour les données, ainsi que de très pratiques paramètres d'environnement comme la taille du cache, le type d'interpolation utilisée et la taille de l'historique.

La gestion des calques est là aussi très puissante. Les calques peuvent avoir de nombreux types, suivant leurs modes de composition avec le calque de dessous, soustraction, addition, multiplier ou diviser, noircir ou éclaircir seulement, ou être ajouté en teinte, en saturation ou en valeur. On peut aussi définir leur degré de transparence, ainsi que la taille du dégradé de leur contour, et lier ensemble plusieurs calques pour pouvoir les déplacer en un bloc. Bref, on retrouve une gestion sophistiquée des différentes couches de l'image qui permet de faire des essais, tout en gardant des étapes de travail indispensables. Outre toutes ces fonctions classiques, Gimp n'est pas avare en filtres, et en divers effets, de verre, de lumière, de distorsions ou de vagues.

Une richesse de plugins

Par ailleurs, une particularité de Gimp est l'utilisation de scripts-FU, un scripting proche du langage Scheme, qui donne accès à plusieurs centaines de procédures internes. Il permet de combiner à volonté les filtres et les effets disponibles afin de créer de nouveaux effets, qui sont très nombreux, effets de feux, liquides, mathématiques, etc. Enfin, plusieurs plugins ou scripts-Fu de Gimp permettent de créer des séquences animées d'images, comme des animations de flammes ou d'ondulations, ou bien des transitions entre plusieurs images fixes.

    Plugins Gimp

    Gimp étant un logiciel très ouvert et très modulaire, il existe trois possibilités d'extensions : les plugins, les Script-fu et les Perl-fu. Les plugins sont écrits en C et doivent être compilés, on ne trouve donc pas les mêmes sur Windows et sur Linux/Mac. Par ailleurs, certains plugins de Photoshop peuvent être utilisés par Gimp, en environnement Windows. Les Scripts-fu, eux, sont écrits dans un langage de scripting, qui donne accès aux procédures internes à Gimp. Ils sont portables sans problème sur les différentes plateformes, mais sont plus lents à exécuter. En revanche les scripts Perl-fu (écrits en Perl) nécessitent un interpréteur Perl présent dans la bibliothèque GTK. Cet interpréteur n'est pas encore porté sous Windows.

    De très nombreux plugins sont fournis en standard, qui fournissent toutes les fonctions nécessaires à une palette évoluée, que ce soit l'ajout de bruit, les différents filtres comme le blur ou l'accentuation de contours, ainsi que des déformations d'images. On trouve aussi en standard de très bons Scripts-fu qui permettent des traitements plus sophistiqués, comme des filtres artistiques, pour imiter des traités picturaux ou donner des effets liquides ou pyrotechniques. Et même si Gimp est une palette dédiée à la manipulation d'images fixes, certaines extensions permettent la création d'effets spéciaux animés. Il existe d'ailleurs de très nombreux filtres qui ne sont pas proposés en standard, et qui sont recensés sur le site officiel de Gimp.

    Pour en savoir plus

    Plugins :
    http://registry.gimp.org
    http://gimp-plug-ins.sourceforge.net/

Dernier point à ne pas méconnaître, comme Gimp est construit sur la bibliothèque graphique Gtk+, il est possible de profiter de l'existence d'autres programmes gratuits qui utilisent cette même bibliothèque, comme DIA, un logiciel vectoriel, idéal pour la création de diagrammes, de circuits ou de flowsharts en tout genre. 

Pour en savoir plus

Figurine : http://figurine.sourceforge.net/
Artstream / Mediascape : http://www.mediascape.com
Sketch : http://sketch.sourceforge.net/
Cinelerra, Xmovie / Heroine Virtual : http://heroinewarrior.com/cinelerra.php3
Jahshaka : http://www.jahshaka.com/
Virtualdub : http://www.virtualdub.org
Photogenics / Idruna : http://www.idruna.com

Gimp : http://www.gimp.org
documentation en français : http://www.aljacom.com/~gimp/
site français : http://www.gimp-fr.org/  

FilmGimp : http://filmgimp.sourceforge.net/ 
DIA : http://www.lysator.liu.se/~alla/dia/

© mars 2003 François Ploye et Pixel SA