Dossier Matériels 3D : Bien choisir sa station de travail 3D
Ces dernières
années, les stations de travail sont devenues largement assez
performantes pour le travail 3D, et leur acquisition est devenue tout
à fait abordable pour les sociétés, et pour les
indépendants. Néanmoins, l’exigence de
productivité et de qualité a aussi évolué,
et les logiciels 3D sont devenus plus gourmands en ressources. En
particulier, les besoins de visualisation temps réel continuent
de mettre à genoux les matériels dernière
génération. Plusieurs éléments clefs
techniques sont donc à connaître afin de bien choisir sa
station.
Le processeur
Cœur de l’ordinateur, le processeur des stations
professionnelles est généralement Intel (Xeon ou Pentium
4), parfois Athlon XP. La course à la vitesse fait rage.
Certains tests démontrent qu’un AMD Athlon XP 1800+,
à 1,5 Ghz, serait plus rapide que le Pentium 4 à 1,8 Ghz,
et moins cher de 88 Euros. En revanche, le Pentium possède des
instructions de programmation SSE2, qui peuvent être
exploitées en direct par certains logiciels, les rendant
redoutablement efficaces sur cette marque de processeur. Autre choix
important, faut-il acquérir des mono-processeurs ou des
bi-processeurs ? Les grands logiciels 3D comme Maya, XSI ou 3DS
Max savent exploiter la capacité d’un double processeur,
en augmentant la rapidité de l’interface tout en assurant
les calculs en tâche de fond. La tendance générale
est donc de s’équiper luxe avec des bi-processeurs Intel,
les bi-Xeon. Mais il faut savoir qu’un mono-processeur
dernière génération est déjà
très efficace pour la plupart des tâches 3D à
accomplir. Le surcoût de prix reste en effet important dans le
cas d’un bipro, un processeur Xeon seul à 2,8 MHz vaut 589
Euros.
Le processeur n’est pas tout. L’ensemble de la
carte-mère avec son chipset, sa mémoire, son processeur
et la carte graphique, doit être configuré soigneusement
pour assurer la stabilité de fonctionnement. Le chipset est un
jeu de puces situées sur la carte-mère, qui seconde le
processeur dans sa tâche, et qui organise les échanges
d’informations entre le processeur et les autres unités.
On trouve d’ailleurs actuellement souvent deux chipsets
différents par processeur. Pour Régis Galmiche, directeur
général de General Mechanics, « il n’y
a que deux constructeurs sérieux pour les chipsets, Intel qui
est le premier choix, mais aussi ServerWorks. » Le dernier
chipset Intel, le 7505 est particulièrement performant. Il y a
évidemment d’autres types de chipsets, comme ceux
d’AMD, pour les processeurs Athlon.
Les carte-mères
Quant aux cartes-mères qui supportent les chipsets et les
processeurs, le nombre de ports et d’interfaces disponibles
entrent aussi en ligne de compte. En interne, chaque carte d'extension
doit se connecter sur un bus basé sur la carte mère, mais
pas n'importe lequel. Les bus PCI sont les plus courants car ils sont
rapides. Contrairement à l’ancien format ISA, ils
déchargent le processeur de tout calcul supplémentaire.
Les nouveaux bus AGP (Advanced Graphic Port) sont devenus des
standards, et sont cadencés à la base à 66 MHz
contre 33 MHz pour les PCI. Ils sont actuellement cadencés
à 266 MHz (AGP 4x) ou à 533 MHz (AGP 8x). Il existe aussi
l’AGP Pro, qui est équivalent en gamme de vitesses
possibles mais qui délivre une alimentation supérieure.
La bande passante du bus se calcule en multipliant la fréquence
en Hertz du bus par la largeur du bus en bits, qui peut atteindre 64
bits pour certains modèles récents. En externe, les ports
servent pour la connections des périphériques,
imprimantes, scanners, appareils photo numérique ou
caméras. Les ports USB 1.1 sont maintenant
dépassés, il faut impérativement plusieurs ports
USB 2 et/ou Fire Wire, à haut débit. Les
cartes-mères sont assez nombreuses, les constructeurs les plus
réputées étant Asus, MSI, Abit, qui a
présenté au dernier Cebit de nouveaux produits, ou
SuperMicro. Enfin, dernier point, la carte son peut être
intégrée à la carte-mère mais dans un
objectif de qualité, il est préférable
d’avoir une carte-son séparée de la
carte-mère.
La mémoire
Côté mémoire, il est devenu nécessaire
d’avoir au minimum 256 Mo par processeur, il est donc courant de
trouver des stations équipées de 512 Mo et même de
1Go ou plus de mémoire. Au dernier salon Cebit, MSI a
présenté sa carte mère alias
« Canterwood », qui dispose de 4 slots permettant
d'atteindre un maximum de 2 Go de mémoire ou 4 Go avec des
barrettes mémoires de 1 Go à 500 Euros pièce. Il
est commercialisé aussi des barrettes à 2Go mais au prix
actuel de 4000 Euros, elles ne sont pas très accessibles. Il
existe trois types de mémoire. La plus basique est la SDRam
PC100 ou PC133, (Synchronous DRam) dite synchronisée car elle se
cale directement sur la fréquence du processeur. Elle est
très généralement remplacée par le type
SDRam DDR (Double Data Rate) plus rapide, avec une bande passante
améliorée. Un peu plus rapide est la DDR2 ou DDR400, qui
multiplie par deux les performances de la SDRam classique, et offre un
débit de 400 Mo/s, en restant compatible avec les chipsets les
plus récents. Il existe aussi des mémoires RDRam (Direct
Rambus Dynamic Random Access Memory), ou Rambus, qui sont encore plus
rapides mais plus chères. Peu de chipsets ont la capacité
de bien gérer de telles fréquences. Enfin, il peut
être intéressant pour la stabilité d’avoir
des mémoires dites ECC (Error Correction Code). Ces
mémoires contiennent un algorithme permettant de corriger les
erreurs de parités. Pour Régis Galmiche, « la
mémoire ECC est indispensable pour les serveurs. Elle ne
l’est pas pour les stations, mais il est préférable
d’en mettre. »
Les cartes graphiques
Evidemment pas de bonnes stations de travail 3D sans une carte
graphique adaptée. Il existe de vraies différences entre
le hardware de différentes cartes, tant en nombre de
processeurs, qu’en architecture et en performances. Mais une
bonne carte graphique est aussi liée à la bonne
écriture de ses drivers. Une carte performante sous Windows,
peut l’être drastiquement moins sous Linux, si le driver
n’est pas correctement écrit. Ainsi, parmi les GeForce,
les Ti ont des pilotes optimisés pour des applications grand
public, comme les jeux vidéo. Les GeForce Quadro ont la
même base technologique, mais leur intérêt
réside dans leur driver optimisé pour des applications
professionnelles exigeantes sous OpenGL. L’idéal est de
pouvoir tester dans son environnement de travail, les cartes
sélectionnées par les fournisseurs, sachant qu’une
carte (et un driver donné) peut être plus performante pour
une application et moins avantageuse pour une autre.
Là aussi, les cartes graphiques sont caractérisées
par leur quantité de mémoire, la SGRam (Synchronous
Graphic Random Access Memory), qui est maintenant au minimum de 32 Mo,
et généralement de 64 Mo voire 128 Mo. Par ailleurs,
grâce à la technologie DMA (Direct Memory Access), le
processeur de la carte graphique peut directement accéder
à la mémoire vive de l’ordinateur, si elle
disponible, sans passer par le processeur, ce qui augmente encore les
possibilités de mémoire.
Les disques
Côté disques, deux possibilités, les plus
classiques sont les IDE, les plus luxueux sont à
contrôleur SCSI (Small Computer System Interface), qui sont plus
chers mais ont une durée de vie supérieure. Les deux
critères de choix d’un disque, en dehors de sa
capacité, et de son prix, est sa vitesse en Tour par Minute, qui
est de 5400 ou de 7200 tpm, et sa fiabilité, le MTBF (mean time
between failure). Ce dernier chiffre indique le nombre statistique
d’heures de fonctionnement avant que le disque ne plante.
Là aussi, il vaut mieux assurer avec une marque reconnue comme
IBM, Maxtor ou Western Digital. D’autant que ce n’est plus
le composant le plus cher, un disque de 180 Go Western Digital vaut
seulement 266 Euros.
Enfin, le choix du boîtier de l’ordinateur est plus
accessoire mais a son importance. Il doit être bien conçu
pour ne pas provoquer de problèmes électro-statiques. Il
doit comporter une bonne alimentation, avec 420 Watts minimum. 250
à 300 Watts est insuffisant, surtout dans le cas de disques SCSI
qui consomment déjà 60 à 65 Watts.
Les Ecrans
Enfin, pour ceux qui travaillent l’image, les écrans
cathodiques demeurent la référence. Un excellent
écran Iiyama 22 pouces ne vaut que 750 Euros. Les meilleures
marques, en dehors de Sony qui reste la référence, sont
Diamond, Iiyama ou Mitsubishi. Les deux critères de choix sont
le pitch, qui mesure la taille d’un équivalent pixel sur
l’écran, et le taux de rafraichissement, qui doit
être au moins de 75 Hz afin d’éviter un
scintillement fatigant. Les écrans plats LCD ou plasma, sont
appréciés pour le gain de place qu’ils occasionnent
mais n’ont toujours pas la qualité de restitution des
couleurs et de netteté qui en feraient des concurrents
sérieux. Et ceci même s’ils sont moins chers, et
même si un 18 pouces LCD est équivalent en taille à
20 pouces cathodique. Les écrans plats ont de plus un
problème de rémanence qui les empêchent de
restituer avec fluidité des séquences animées, ce
qui est très dommageable pour le temps réel. Cela les
rend en revanche moins fatigants par absence de scintillement.
La solution va sans doute venir des écrans OLED, à base
de diodes, qui sont plats, mais sans rémanence, avec un temps de
réaction deux fois plus rapides que les meilleurs écrans
cathodiques. Un écran OLED de 15 pouces, fabriqué par
Kodak et Sanyo, est sorti depuis un an, mais cette technologie est
balbutiante, elles reste plus chère que les LCD avec une
durée de vie très inférieure. Mais d’ici
deux ou trois ans, il est probable que l’on passe directement des
écrans cathodiques aux écrans OLED pour les stations 3D.
Des configurations sans surprise
Au final, une bonne configuration d’une station de travail
3D s’appuie sur des standards. Pour Régis Galmiche de
General Mechanics : « il faut une carte-mère
avec un bi-Xeon et le dernier chipset d’Intel, le 7505, de la
mémoire SDRAM DDR et une carte graphique GeForce4 Quadro de
nVidia. Dans l’avenir, pour satisfaire aux besoins en temps
réel, il faudrait pouvoir mettre deux ou trois cartes graphiques
dans la même machine. En revanche, pour une station CAO, un
mono-processeur suffit, même s’il est
préférable de mettre une carte bi-processeur
évolutive. Une carte graphique récente qui convient bien
est l’ATI Fire GL8800. »
Configurer son renderfarm
Même si les stations de travail, surtout les bi-processeurs, sont
largement capables d’assurer une partie des calculs 3D d’un
studio, il n’est pas rare que des serveurs de calculs
complémentaires soient utiles. Le principe consiste à
empiler des 1U (une unité) en cluster, soit sous Linux, soit
sous Windows. Davantage encore que pour les stations, le trio
carte-mère, mémoire et processeur doit être
soigné pour garantir la fiabilité. En revanche, si ces
machines ne servent pas de serveurs de données, le disque peut
être un simple IDE de 20 Go. Nouveauté, il existe des
cartes réseau intégrées à 1 Gb. A titre
d’exemple, le dernier serveur 1U de SuperMicro, avec un bi-Xeon
à 3,06 GHz, est vendu par General Mechanics à 1840 Euros
HT. Les serveurs 4U convertibles en tour, et inversement, rencontrent
aussi un certain succès.
Pour un serveur de données, les disques doivent être
à technologie RAID à accès rapide. Trois niveaux
de RAID (Redondant Array of Inexpencive Disk) sont couramment
utilisés. Le RAID0 est le plus rapide, les données sont
simplement strippées, c’est-à-dire partagées
sur deux disques. Mais les données ne sont pas redondantes. Si
un des deux disques se plante, toutes les données sont perdues.
En RAID1, les données sont dédoublées en
écriture, c’est donc redondant mais deux fois plus lent.
La lecture reste rapide par rapport à un disque simple. Quant au
niveau RAID5, les données sont partagées sur cinq
disques, avec un bit de parité qui permet de reconstituer les
données, si un des disques se scratche. C’est un peu moins
rapide que RAID0 mais le gain de place est évident par rapport
à RAID1.
Et du côté Macintosh
Même si les Macintosh sont avant tout réputés dans
le monde de la PAO, les performances du dernier modèle, le Power
Mac G4 bi-processeur, le rend tout à fait apte à faire de
la 3D. La force de cette station sous Mac OSX, vient de son processeur
G4, qui n’a rien à envier au Pentium P4, aux dires de
Apple. Son atout majeur reste l’ergonomie tant
appréciée par les afficionados des produits Apple.
Disponible en plusieurs versions, celle de base vaut 1500 Euros HT. Il
en existe une version pour faire de la 3D haut de gamme, le G4 Ultime
à 3900 Euros HT. Il comprend un double PowerPC G4 à 1,42
GHz, 1,5 Go de mémoire DDR, un disque de 120 Go, et une carte
graphique GeForce4 Ti de nVidia avec 128 Mo de mémoire. Apple
propose aussi depuis peu, une offre performante côté
serveur, avec son Xserve, avec ou sans disque RAID. Un serveur Xserve
moyen de gamme 1U, avec un bi-processeur PowerPC G4 1,33 GHz, deux
ports Ethernet Gigabit, 512 Mo de SDRam et un disque 60Go, extensible
à 720 Go, est vendu 4200 Euros HT.
© mai/juin 2003 François Ploye et Pixel SA