Dossier Animation 2D/3D : un cocktail étonnant

L’intégration de la 3D dans l’animation traditionnelle n’est pas récente. Déjà, dans « les 101 Dalmatiens » de Disney, l’accident de la voiture de Cruella avec un camion, à la fin du film, a été réalisé avec deux maquettes réelles animées et filmées. Depuis, la 3D, grâce à l’ordinateur, n’a fait que prendre une place de plus en plus importante dans les dessins animés. « Le géant de fer » de la Warner Bros est un exemple remarquable d’intégration des deux techniques.

Un mariage de raison

L’opposition entre la 2D et la 3D est maintenant dépassée. Dans certains cas, comme des caméras compliquées, des perspectives sophistiquées, des véhicules ou des robots, la 3D offre de réelles possibilités supplémentaires. Etant donnée la qualité des intégrations, il n’est plus déshonorant de mélanger du calcul 3D avec des éléments 2D. Le long-métrage récent, "Corto Maltese: La Cour Secrète des Arcanes" en est un excellent exemple. Le film est chargé d’une émotion due en grande partie à la beauté des décors peints à la main. Or Dominique Gantois, qui a fabriqué en 3D les trains et l’avion superbement intégrés au film, était chargé au départ du compositing entre de la fumée réelle et la scène 2D. Aucune 3D n’était prévue. Mais devant le manque de qualité du résultat, il a proposé de la fumée 3D, et même un train 3D avec un traité cartoon. Au final, presque deux ans plus tard, le film comportait plus de deux cents plans avec de la 3D, dont 25 plans avec un décor entièrement 3D.  Ce scénario s’est reproduit avec le long-métrage de Sylvain Chomet « les Triplettes de Belleville ». La 3D devait initialement être réalisée par deux personnes. Il a fallu au final plus de trente personnes, réparties sur trois studios au Canada, en Belgique et à Angoulême, pour fabriquer toute la 3D nécessaire.

Peaufiner l’intégration

Si rares sont ceux qui doutent de la puissance technologique de la 3D, la clef du succès réside dans une intégration soignée entre la 3D et la 2D. Sur « Corto Maltese », Dominique Gantois explique l’importance de bien choisir les outils de rendering cartoon et de compositing. Dans un des plans, le train se rapproche de la caméra, et les détails du train, visualisés par les traits de contour, devaient s’enrichir. Deux passes de traits ont donc été calculées séparément de la couleur, avec des niveaux de détails différents, grâce au plugin Illustrate. Un fondu a été fait entre les traits, et le résultat a été recomposé sur la couleur. Sur « les Triplettes », le grand défi était de garder la qualité des traits tracés à la main. Il y a eu deux passages de scans. Le premier en ligne claire, a servi à délimiter les zones pour le gouachage. Lors du second scan, les gris de tous les traits étaient poussés à fond dans les noirs, puis nettoyés dans Photoshop, pour conserver leur origine manuel.

Le meilleur des deux mondes

« Spirit » de Dreamworks présente aussi un cas remarquable d’intégration. L’animation des chevaux en gros plan, et en particulier du héros, Spirit, s’est faite en 2D. En revanche, l’animation et le rendering de la horde de chevaux en plan large a été entièrement faite en 3D. Certains plans longs et compliqués ont donc mélangé la 2D et la 3D pour le même cheval. A titre d’exemple, il existe une scène compliquée où la caméra suit de loin Spirit qui galope au milieu de la horde de chevaux. Tout est 3D. Puis la caméra se rapproche de Spirit et son animation devient 2D, jusqu’à ce que la caméra s’élève à nouveau pour révéler le paysage dans son ensemble. Spirit est à nouveau en 3D. Pour réussir cette prouesse, les animateurs traditionnels se sont calés parfaitement sur les dernières images 3D pour effectuer la transition avec leur animation. Pour leur servir de référence, le modèle Spirit en synthèse a été imprimé avec un rendu toon. Là aussi, un fondu astucieux lors de la post-production a permis le passage en douceur entre les deux mondes.

Ce qui fait dire à Pascal Lemaire, animateur spécialisé en 2D/3D, que « certains projets, qui étaient impossibles à faire hier ou difficiles à financer, le deviennent grâce à l'intervention plus ou moins grande de la 3D. Mais il faut pour cela analyser finement le projet, son graphisme, regarder plan par plan le storyboard, et trouver les solutions les plus économiques, les plus efficaces, reposant sur un mixte de la 2D et de la 3D. Un story board détaillé est un bon outil pour repérer les taux de réutilisation d'un objet, le nombre d’angles de vue différents sous lequel il est vu. Un peu fera pencher la balance vers la 2D, beaucoup vers la 3D. »

    Didier Brunner
    producteur chez Les Armateurs
    didier brunner

    Quel bilan tirez-vous de l’utilisation de la 3D dans « les Triplettes de Belleville » ?

    Le coût de l’intégration de la 3D dans la 2D est à évaluer à chaque cas, cela dépend du niveau d’exigence. Pour « les Triplettes », l’exigence était très élevée, il fallait que la 3D, avec des traits graphiques un peu salis, soit fusionnelle avec la 2D. Plusieurs séquences comme la course de cyclistes ou la poursuite finale, ont comportées de nombreux éléments 3D, comme les véhicules. L’intégration a été très lourde à gérer. Il a fallu inventer les bonnes méthodes pour réussir cette combinaison de la 2D avec la 3D. Le budget a été dépassé. Il est au final de 8,5 millions d’Euros, dont environ 1,3 millions pour la 3D. Le dépassement a été de 20% par rapport à ce qui avait été prévu. Mais malgré son coût, la 3D a aidé à accélérer la fabrication du film. Si elle avait été correctement prévue dès le départ, le budget aurait peut-être été plus important que ce qui avait été prévu à l’origine, mais pas autant. Les surcoûts ont été liés avant tout à un bouleversement du planning. La 3D peut permettre de réaliser des économies.

    Si sa fabrication est correctement évaluée, l’inclusion de la 3D peut faire gagner en productivité et en qualité. Le réalisme de l’animation des véhicules aurait été très long à obtenir en traditionnel, avec les amortis et les balancements. L’avenir, même pour les films 2D, c’est d’utiliser un mixte 2D et 3D.

    Et sur vos autres projets ?

    « Kirikou » a été fait entièrement en 2D, pourtant certains plans ressemblaient à de la 3D. Des décors récurrents comme le village ou la case de la sorcière, auraient pu être faits en 3D. On aurait gagné en temps et en argent. Mais c’est un film réalisé avec de petits moyens, avec un budget de 3,6 millions d’Euros. Pour « L’enfant qui voulait être un ours », le budget était d’environ 4,8 millions d’Euros. L’animation était moins poussée que sur « les Triplettes » et seuls la cabane et le décor de glace ont été faits en 3D. Là aussi, davantage de décors auraient pu être faits en synthèse. Il faut compter maintenant cinq à six millions d’Euros minimum pour faire un film d’animation 2D. On hésite à utiliser de la 3D. Pourtant ce qui coûte cher, ce n’est pas la fabrication de la 3D mais son intégration avec la 2D. Mais là aussi, les techniques évoluent.

© juin/juillet 2003 François Ploye et Pixel SA