La
pertinence de l’apport de la 3D dans la 2D a
été démontrée à
plusieurs reprises. L’évolution va sans aucun
doute continuer dans ce sens, et la question de l’origine des
images ne se posera plus, en dehors des cercles professionnels. Le
public est devenu moins sensible aux pures prouesses techniques. La
qualité du récit, de la mise en scène,
l’expression émotionnelle des personnages sont
redevenues majeures. « Spirit »
ou « Final Fantasy » dans des
genres très différents, sont (presque) parfaits
techniquement, et innovants, mais n’apportent rien, et le
public ne s’est pas laissé séduire.
La 3D, moins chère ?
Le choix d’une technique, c’est avant tout une
question de sous, le point le plus important étant celui de
la maîtrise du budget prévu.
L’ancienneté du traditionnel en fait une industrie
rôdée, dont les méthodes et les
coûts sont bien connus. Ce n’est pas encore
complètement le cas de la 3D, la technique
évoluant toujours assez vite. Mais les stars de la
synthèse ont été très
habiles sur ce point. John Lasseter l’a très bien
compris, en animant des personnages rigides et articulés,
comme des lampes dans
« Luxo » et des jouets
dans « Toy story ». Idem, pour
Chris Wedge avec « Ice Age ». Ses
choix sont drastiques. Si les personnages sont organiques, leur nombre
est réduit ainsi que la diversité des ambiances.
Conséquence surprenante. La 3D, qui était
réputée chère à ses
débuts, est maintenant appréciée par
les producteurs pour l’économie
représentée. Le premier « Toy
Story », avec son budget de 35 millions de dollars,
a coûté largement moins qu’un dessin
animé qualité Disney. Le record se trouve avec le
premier long-métrage européen en
synthèse, "La Forêt Enchantée" de Dygra
Films, des réalisateurs Ángel de la Cruz et
Manolo Gómez, qui a été produit en
Espagne pour moins de 4 millions d’Euros.
« Shrek » et
« Ice Age » ont aussi
été fabriqué avec des budgets
« raisonnables » pour des films
d’animation de cette catégorie, respectivement 60
millions et 58 millions de dollars. Surtout en comparaison aux dessins
animés classiques,
« Atlantide » et
« Lilo et Stitch » qui ont
coûté 90 millions et 80 millions de dollars. Seul
« Toy Story 2 », parmi les films
3D à succès, a un budget comparable de 90
millions de dollars.
Les stars du box office
Une convergence des budgets entre la 3D et la 2D devrait se produire.
Pour l’instant, les spectateurs ne sont pas aussi exigeants
avec les films en 3D qu’ils le sont avec la 2D, mais la
situation évolue rapidement. Ce sont surtout les revenus
engrangés qui font la différence :
« Toy Story », presque 500
millions de dollars, « Shrek »,
au moins 260 millions, « Ice
Age » au moins 175. Seul « Lilo
& Stitch » a ramené 150 millions
de dollars, alors que «102 Dalmatiens »,
« Atlantide » et « Kuzco » ont
rapporté tous moins de 90 millions de dollars de recettes.
La culture du jeu vidéo
La première explication du succès des
« Toy Story »,
« Shrek »,
« Monsters et Co » ou
« Ice Age » réside
dans la qualité du scénario et de la mise en
scène. Mais ce n’est pas la seule explication. Le
public d’enfants ou d’adolescents sont
très sensibles aux univers 3D dont ils sont familiers
grâce aux jeux vidéo. La culture de
l’image acquise avec les livres, bandes dessinées
ou livres illustrés, est remplacée par celle du
jeu. Au départ, Disney ne communiquait guère sur
la présence d’éléments 3D
dans ses films. Ils étaient invisibles, et soigneusement
regouachés à la main. Les temps ont bien
changé, la présence de 3D visible fait vendre.
Ainsi Didier Brunner, producteur, constate :
« Dans « Peter
Pan » de Disney, la 3D est
non-intégrée dans la 2D. Je ne trouve pas cela
réussi, mais c’est un choix artistique.
C’est une séduction supplémentaire pour
les enfants qui apprécient le look des jeux
vidéo. » Sur le marché de la
série, même son de cloche, comme le confirme
Didier Brunner : « Nous allons
démarrer une série entièrement en 3D,
Gift de Loisel, sauf quelques décors fabriqués en
2D avec Photoshop. Il est prévu un budget de 3,1 millions
d’Euros pour faire 25 x 13 minutes. Le look est de type jeu
vidéo. Le budget est d’environ dix milles Euros la
minute. Nous avons en développement une autre
série 3D « Tom Cat »,
très cartoon à la Tex Avery, faits par des
étudiants de Supinfocom. Le budget est
équivalent, aux environs de dix mille Euros la minute.
C’est sans doute encore un peu plus cher que la 2D
délocalisée, et d’ailleurs il y a
encore beaucoup de séries 2D. A titre de comparaison, nous
avons produit une série 2D, Tchoupi, à moins de
huit mille Euros la minute. Le budget était
d’environ 2,5 millions d’Euros pour 65 x 5 minutes.
Mais les télévisions sont demandeuses de 3D, car
les enfants apprécient le style jeu
vidéo. »
Vers le métissage
Le mélange des techniques 3D et 2D pour tirer le meilleur de
chacun des mondes va perdurer. La prise de vue réelle a
aussi un rôle à jouer. Pour l’animation
évidemment grâce au motion capture. Xilam a acquis
les droits de Thorgal après ceux de Rahan. Leur mise en
production est prévue à l’automne 2003
pour une diffusion des premiers épisodes avant la fin de
l’année prochaine. Ces deux séries
seront fabriquées en image de synthèse et en
mocap. Mais la prise de vue réelle peut aussi
s’intégrer aux décors. Le prochain
long-métrage du réalisateur Michel Ocelot va
combiner prise de vue réelle pour les décors,
avec de la 2D et de l’animation 3D pour les personnages. Pour
Didier Brunner aussi, la mixité des techniques va devenir de
plus en plus nécessaire. « Nous allons
démarrer un projet l’an prochain
« Pourquoi j’ai mangé mon
père », avec des décors en
prise de vue réelle. Ils seront tournés dans le
Riff oriental et retraités avec de la 3D et de la palette
2D, pour donner des décors réalistes au film.
L’évolution est constante. Maintenant, pour faire
un film d’animation ambitieux, la 3D est devenue
indispensable. »
Le retour de Bugs Bunny
Warner Bros a en production un long-métrage,
« Looney Tunes: Back In
Action », où Daffy Duck et Bugs Bunny
sont animés en traditionnel à
l’intérieur de scènes en prise de vue
réelle, en interaction avec des
acteurs réels. Le budget prévu est
supérieur à cent millions de
dollars. La particularité technique du film est de tirer
parti des
travaux effectués par Scott Johnston, qui a
assuré précédemment la
coordination artistique du long-métrage "Le Géant
de fer". Ses
recherches, dont les premiers tests ont été
montrés aux conférences
scientifiques NPAR à Annecy 2002, permettent de donner un
volume à des
personnages dessinés traditionnellement. Il est possible
ensuite de les
éclairer et ainsi de mieux les intégrer sur un
fond de prise de vue
réelle ou sur un fond en image de synthèse.
« Les gens veulent de plus
en plus de synthèse, affirme Scott Johnston. Les dessins
animés
eux-mêmes comportent de plus en plus d'animations en
synthèse et la
disparité entre les décors peints et les
personnages dessinés augmente.
Les producteurs en déduisent qu'il faut fabriquer en image
de synthèse
mais en réalité le public est demandeur d'un
style visuel pas d'une
technique. Je cherche à appliquer ce style aux dessins
d'animation. Il
faut continuer à faire travailler les gens qui savent
dessiner et qui
savent très bien le faire. » La sortie
aux USA du film est prévue début
Novembre.
|
© juin/juillet 2003 François Ploye et Pixel SA