Quatre
ans après la sortie du premier Matrix, le
deuxième épisode de la trilogie des
frères Larry et Andy Wachowski, Matrix Reloaded, frappe
encore plus fort. De nouveaux effets spéciaux ont
été mis au point, dont la réalisation
de clones hyper-réalistes des héros principaux de
la saga.
Si les avis restent partagés quant à la
profondeur philosophique des sentences mystiques du film, en revanche
la quantité et la qualité des effets
spéciaux ne laisse personne indifférent.
Visualisation des séquences de code de la matrice,
multiplication des clones de l’agent Smith, attaque de la
cité de Zion par 250 000 sentinelles, course
poursuite sur l’autoroute, explosions diverses, une large
palette d’effets visuels ont été
mobilisés. Le succès commercial du premier Matrix
a été profitable. Son budget de 63 M US$
était déjà confortable, obtenu
grâce à
l’opiniâtreté des
réalisateurs. Les producteurs, la Warner et Village Roadshow
en Australie, n’ont cette fois pas
hésité à remettre plus de deux cent
cinquante millions de US$ pour terminer la trilogie. Matrix Reloaded,
sorti le 15 Mai dernier, est déjà l’un
des plus grands succès commerciaux de l’histoire
du cinéma avec 42,5 Millions de US$ de recettes le jour de
sa sortie, ce qui en fait le film le plus "vendu" le jour de sa
1ère projection.
Deux
mondes opposés
Le génie des trucages du premier Matrix, John Gaeta, a
été évidemment en charge des effets
spéciaux pour la suite de la trilogie. Pour rationaliser la
production et optimiser le budget, il a été
décidé de fabriquer en même temps
Matrix Reloaded et Revolutions. Devant la somme colossal de travail
à assumer, John Gaeta a été
assisté par deux superviseurs d’effets
spéciaux. Dan Glass a coordonné ceux du monde
virtuel de la Matrice, et en particulier toutes les scènes
de combat, et John Des Jardins ceux du monde souterrain
réel, comme la cité de Zion, les tunnels ou
l’attaque des sentinelles.
Comme le précise Dan Glass, «
curieusement, il y a beaucoup
d’éléments qui peuvent être
tournés en prise de vue réelle pour le monde
virtuel de la Matrice, alors que quasiment tous les décors
du monde dit réel ont du être
reconstitués sur ordinateurs. »
Allant jusqu’au bout de cette séparation en deux
univers disjoints, Glass et Des Jardins ont systématiquement
utilisé des fonds d’incrustation verts pour le
monde réel, et des fonds bleus pour la Matrice. Cela
s’explique simplement. Tous les décors et
personnages de la Matrice possèdent une dominante verte, les
fonds bleus facilitaient leur incrustation. Au contraire, tous les
éléments du monde réel, ayant des
tonalités de bleu ou de brun, les fonds verts leur
convenaient tout à fait.
Une
poursuite inoubliable
L’interminable course poursuite sur l’autoroute a
été aussi une belle prouesse technique,
où se mélangent en permanence voitures
réelles et virtuelles, acteurs réels et clones de
synthèse. Trinity s’enfuit en moto avec le
maître des clefs, tous deux poursuivis par les deux
méchants jumeaux. Morpheus vient à sa rescousse
et doit combattre un redoutable agent sur le toit d’un camion
lancé à vive allure.
La première difficulté de la production a
été de trouver un
périphérique ou une autoroute pour le tournage
réel, qu’il fallait immobiliser pendant plusieurs
semaines. Devant le coût exorbitant d’un tel
tournage dans un lieu existant, finalement, la décision a
été prise d’en reconstituer un
tronçon d’un quart de mile sur la piste
d’atterrissage de la base aéronavale où
est installé ESC. La chorégraphie
complète de la poursuite qui dure quatorze minutes en tout,
a été préparée
minutieusement sur ordinateurs et prévisualisée
avant tournage. Ensuite, suivant les scènes, certaines
voitures ou camions étaient en réel et
d’autres ont été rajoutés en
post-production. Pour les explosions, même cas de figure,
certaines sont réelles, de nombreuses virtuelles, qui
utilisent des éléments filmés pour
ajouter au réalisme. Et dans la scène
spectaculaire de combat sur le toit du camion, entre un agent et
Morpheus, ce dernier est remplacé par son clone de
synthèse lorsqu’il vient à tomber
plusieurs fois du camion. L'aventure continue. La sortie du dernier
volet,
Matrix Revolutions,
prévue en novembre prochain, est déjà attendue
avec impatience.
Un travail titanesque
412 plans truqués sur le premier Matrix. Le
décompte serait de 1135 plans truqués sur Matrix
Reloaded. La séquence finale qui dure dix-sept minutes,
aurait coûté à elle seule quarante
millions de dollars, sur les 127 millions de dollars de budget du film.
Le résultat est impressionnant. Les effets étant
complètement intégrés à la
prise de vue réelle, il est parfois impossible de distinguer
le virtuel du réel.
La majorité des effets spéciaux, pyrotechniques
et numériques, ont été faits chez ESC
(prononcé « escape »)
à Alameda en Californie. La société
Manex, qui avait réalisé ceux du premier Matrix,
n’a pas été retenue pour ces nouveaux
épisodes. Les meilleurs de l’équipe de
Manex ont été débauchés et
une nouvelle société ESC a
été installée dans une ancienne base
militaire désaffectée de la marine
américaine, en face de San Francisco, de l’autre
côté de la baie. D’autres
sociétés se sont partagé la
réalisation des effets spéciaux. Animal Logic en
Australie a travaillé sur les éléments
numériques de la course poursuite sur l’autoroute
ainsi que sur des personnages paranormaux, et la
société française Buf Compagnie a
réalisé entre autres les séquences de
code de la Matrice. Enfin, un certain nombre de petites structures ont
pris en charge des éléments additionnels de
décors ou de compositing, comme Giant Killer Robots
– une maison de production de 26 personnes à San
Francisco – qui a créé des
décors souterrains. Centropolis Effects à Culver
City a eu en charge la fabrication des séquences se passant
dans les tunnels souterrains. Mais ils ont du fermer leur porte en
cours de production, du fait de la faillite de Das Werk, leur maison
mère allemande. Leur prestation a alors
été confiée à Sony Pictures
Imageworks.
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Cerises sur le gateau
La production a non seulement lancé en même temps,
la fabrication des deux derniers épisodes de la trilogie,
Matrix Reloaded et Matrix Revolutions, mais aussi le jeu
« Enter the matrix » et un DVD,
l’Animatrix, qui sont sortis en même temps que
Matrix Reloaded en mai dernier. Le jeu a été
édité par Atari (ex Infogrames) suite au rachat
du développeur Shiny Entertainment à Interplay.
Les acteurs de la trilogie, comme Neo ou Trinity ou Morpheus, ont aussi
joué pour la mocap du jeu, ce qui est très rare
mais les réalisateurs y tenaient pour assurer une meilleure
qualité d’animation.
Quant à Animatrix, il s’agit de neuf
court-métrages d’animation, certains en
traditionnel, d’autres en full 3D, qui racontent
l’origine de la Matrix et l’histoire de certains
des personnages présents dans la trilogie. Les
réalisateurs de ces neuf courts ont
été choisis par les frères Wachowski.
Plusieurs studios ont travaillé sur Animatrix dont Studio
4°C qui a fabriqué cinq des neuf épisodes
et Madhouse Studios, qui en fabriqué deux autres.
L’aventure continue. La sortie du dernier volet, Matrix
Revolutions, prévue en Novembre prochain, est
déjà attendue avec impatience.
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© juillet/aout 2003 François Ploye et Pixel SA