Dans la fabrication des films, le travail de compositing a pris une
importance croissante. Il n’est pas rare qu’un plan
se finalise en empilant plusieurs dizaines de couches (ou layers)
provenant de sources différentes. Pas de
difficulté apparente pourtant au premier abord dans
l’étape de compositing, il s’agit
d’incruster les différentes couches de
l’image au travers de leurs masques (ou mattes). Ces masques
sont en valeur de gris, le blanc correspondant à un objet
opaque, et le noir à un objet complètement
transparent.
Mais le compositing est une étape décisive et
complexe, où se joue la cohérence visuelle du
film. Il faut harmoniser les différents
éléments d’une même image,
qui peuvent différer en contraste, en
colorimétrie ou en grain. Les éléments
réels comportent en effet un grain du à la
pellicule, que ne comportent pas les éléments
issus de la synthèse. Il va falloir par exemple enlever du
grain aux éléments réels, ou rajouter
du grain aux éléments issus de la
synthèse.
Une
réalité complexe
Une des premières difficultés du compositing
réside dans l’obtention pour chaque
élément réel de son masque, qui
n’est pas généré lors du
tournage. Ces masques doivent être
recréés par ordinateurs, par extraction (keying)
ou par rotoscopie. Le degré de transparence du masque est
variable en fonction de la transparence de l’objet
correspondant (s’il est en verre par exemple) mais aussi de
son degré de flou dans le cas d’une profondeur de
champ ou d’un flou de bougé (motion blur). Les
bords des objets nécessitent aussi la création
d’un dégradé très
précis (l’anti-aliasing) sur les bords du masque
qui va conditionner la réussite de l’incrustation.
Tout ceci rend parfois extrêmement laborieux le travail de
fabrication de masques. Le risque est de voir apparaître des
halos indésirables ou de vilains liserés,
témoins d’une incrustation ratée.
Autre travail parfois nécessaire, la création des
ombres de personnages réels, lorsque celles issues de la
prise de vue réelles ne sont pas utilisables.
« Les ombres peuvent être faites en
trucages de deux manières, » explique
Myriam Catrin, graphiste « la première
est de réutiliser le masque des personnages, de
l’inverser et de le déformer. Mais dans certains
cas de positions bizarres des personnages, il est nécessaire
de recréer les ombres en grande partie manuellement, par
rotoscopie. »
Un
travail de patience
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Frédéric Place, compositeur
chez Weta sur la saga
« Le seigneur des Anneaux »,
détaille les différents savoir-faires qui lui
sont nécessaires : « Les
solutions diffèrent en fonction du plan a incruster. Grain,
motion blur, blur, retour de bleu ou de vert, qualité du
fond bleu ou vert, transparence ou semi transparence de l'objet a
compositer (comme les cheveux en mouvement) sont autant de
paramètres à prendre en compte pour
réussir sa composition. Les masques ou portions de masques
sont alors combinés par opérations
booléennes ou similaires (additions, soustractions,
intersections, exclusion de mattes), ou opérations
colorimétriques (max, min, gamma). L'application de filtres
qui agissent sur les frontières des masques (flous, dilate,
erode) à divers moments de l'incrustation permettent de
supprimer ou de rajouter un peu de matière. Il faut aussi
envisager des outils de dégrainage (degrain), de
colorimétrie (multiplication, contraste/brillance etc...)
afin de "préparer" l'image. Même dans le cas
d'objets rotoscopés, il faudra envisager une composition en
plusieurs étapes pour fondre correctement l'objet dans son
nouvel environnement. Seuls les masques fournis par le
département 3D avec leur propres images ne demanderont que
peu ou pas de manipulation pour l'incrustation. Et l'outil
indispensable est ... la patience et la
persévérance. »
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Frédéric Place |
La
rotoscopie, un élément clef
Nécessaire pour le compositing, la fabrication de masques
sert aussi pour retravailler une zone particulière de
l’image. Elle ne peut pas toujours se faire par
séparation colorimétrique. Dans de nombreux cas,
il faut effectuer une rotoscopie manuelle, ce qui veut dire dessiner
image après image les contours de la forme du masque.
Typiquement, le graphiste commence par la première image de
l’animation où il dessine le contour de
l’objet à détourer, avec des courbes
béziers ou b-splines. Il traite ensuite la
dernière image du clip en modifiant sa première
clef. Une fois dessinées les poses clefs principales, il
ajoute autant de clefs intermédiaires qu’il est
nécessaire pour obtenir le degré de
précision souhaité. Le logiciel se charge ensuite
d’interpoler entre ces poses-clefs. Cette technique peut
être partiellement automatisée grâce
à un tracking des points du contour, à
l’exemple du Motion Tracking des outils Discreet (Flint,
Flame, Inferno et Combustion). Mais le résultat
nécessite généralement
d’être vérifié et
retouché manuellement.
Il faut souvent tirer parti de plusieurs techniques afin
d’obtenir un masque correct. Guillaume Cabello
détaille un trucage récent
réalisé dans sa société
« Live
Dreams » : « Nous
avons du isoler les pieds d’une comédienne
tournée sur un tapis roulant et
réincrustée sur un sol mouvant en 3D. La
difficulté venait essentiellement du fait que les pieds se
posaient sur un tapis roulant qui n'avait pas pu être repeint
en bleu d'incrustation. L’opération a
été plutôt difficile, notamment pour
les plans où la comédienne courrait, car le
contour des pieds était pour ainsi dire inexistant. il a
fallu combiner plusieurs techniques dont la rotoscopie et le
« vector-paint »
d’After-Effects qui nous a permis de retoucher certains
contours. Il nous a fallu ensuite mixer différents caches
pour obtenir les effets de transparence dus au filage des pieds. Le
plan était tourné sur fond bleu,
l’extraction est donc venue compléter les
éléments que nous avons ensuite mixés
au compositing final. Les trois couches ainsi obtenues ont
été utilisées en dosant chacune de
manière variable, et en en assignant des valeurs de
transparence à certaines images clés.
Là encore un travail assez long a été
nécessaire pour arriver au réglage
définitif. Les trois plans concernés nous ont
pris une bonne semaine. »
Pas
d’outil magique
La rotoscopie n’a pas vraiment connu
d’évolution technique majeure récente,
l’outil magique de rotoscopie automatique par analyse
d’images tarde à se concrétiser. Les
améliorations portent sur
l’amélioration de
l’interactivité, à l’instar
des masques RotoBézier de la version 6 d’After
Effects, qui évitent de déplacer manuellement les
poignées Bézier. Le principe demeure la
création de poses-clefs. Actuellement, depuis la disparition
du regretté logiciel Matador de Avid, le principal outil de
rotoscopie reconnu par les professionnels est Commotion de Pinnacle
System. Chez Weta le département rotoscopie utilise
« Commotion qui permet de travailler très
interactivement en fonction de la taille mémoire de la
machine. La séquence a travailler est chargée en
effet directement en mémoire ce qui évite les
délais dus à l'accès disque ou
réseau. Ce n'est pas un logiciel de rotoscopie mais de
compositing, cependant, ses fonctions de rotoscopie sont
très évoluées. »
© octobre 2003 François Ploye et Pixel SA