Les outils de post-production et de trucages, ont en
commun avec les palettes graphiques, de proposer de très
nombreux filtres et effets. Il est possible de préparer une
image avec des calques dans Photoshop, associés à
certains effets, et d’importer le tout dans After Effects,
l’outil de trucages du même éditeur
Adobe. Cette compatibilité à
l’importation a été
améliorée dans la dernière version 6
d’After Effects. Les filtres proposés en standard
couvrent l’essentiel des besoins de base en transitions,
flous ou étalonnages, mais il existe aussi de
très nombreux plug-ins, qui offrent des fonctions
sophistiquées additionnelles. Dans le monde Discreet par
exemple, les plug-ins les plus performants sont Sapphire de GenArts,
Tinders Tools de Foundry et 5D, avec en particulier son plug de
morphing Morpheus.
Transitions
En vidéo analogique et maintenant en numérique,
les transitions entre plans puisent souvent dans une
bibliothèque incontournable. Comme le résume
Diego Marie, spécialiste de post-production, la base de
l’enchaînement des plans demeure
« toujours nos bons vieux volets smpte, nos
algorithmes booléens de combinaison et nos fondus
enchaînés. » Pourtant les
outils de trucages ont ouvert l’éventail des
possibilités en matière de transitions. Justine
Gasquet est graphiste spécialisée dans la
réalisation de Matte-painting sur Photoshop, ainsi que sur
la réalisation d’animations et de trucages avec
After Effects. Elle défend
« l’usage de transitions
résultant de choix personnels en fonction des projets.
J’aime particulièrement les transitions par
luminosité, qui utilisent la valeur de l’image,
ainsi que le passage par le négatif de l’image.
Les volets sont aussi très dynamiques, ils avaient
été bien exploités dans les
années 70. Les outils de montage comme Final Cut ou Premiere
sont limités en possibilité de transitions, avec
des formes de base dont on ne peut pas sortir comme
l’étoile ou le cercle. Je
préfère la souplesse d’un outil comme
After Effects, où il est plus facile d’inventer de
nouvelles formes et donc de nouvelles transitions. Beaucoup de choses
peuvent être faites avec quelques filtres de base, blur,
bruit, warp, shapes animés, etc. »
A
chacun ses effets
Il est difficile de donner un hit parade des filtres et effets.
Certains graphistes vont être très
séduits par un nouveau plug-in sophistiqué,
même si le résultat est très
typé, alors que d’autres vont
préférer combiner des effets bien
maîtrisés, pour obtenir un résultat
précis. Ainsi, pour Eric Frechou, expert en trucages
2D : « dans After Effects, de nombreux
plug-ins et filtres se révèlent utiles, comme
" grain surgery " pour rajouter du grain de pellicule
sur le cache et sur l’image, et permet une meilleure
intégration avec des éléments
réels, ou " shine " qui m’a
servi à ajouter des gloires, des raies lumineuses dans le
ciel, pour le jeu de Lara Croft. » Justine Gasquet a
aussi ses préférences :
« Bien sûr, la correction de couleurs est
fondamentale. J’ai aussi eu recours à certains
effets particuliers comme l’ondulation de lettres sur une
image de fond. Il existe aussi toutes sortes d’effets
étranges, de chaos ou de feux, à base de
Turbulator, mais qui sont moins faciles à manier.
J’ai travaillé sur le trucage d’une
séquence où une île disparaît
et se transforme en nuage. J’ai utilisé un
mélange de Turbulator avec des ondulations,
d’où l’effet de mirage. Un masque un peu
particulier avec des filaments blurrés a
été nécessaire. De manière
général, plus les effets sont faciles, plus il
est aisé de les utiliser. Il existe de nouveaux plug-ins,
qui ne sont que des combinaisons de plug-ins existants, et qui sont
trop longs à comprendre quand on est pressé, il
faut rentrer dans la philosophie du concepteur. Je
préfère mes recherches personnelles, qui
consistent à combiner des effets simples, et qui me plaisent
par leur inventivité. »
L’inventivité
avant tout
Myriam Catrin, est graphiste spécialisée dans le
trucage 2D, le matte-painting 2D et 3D ainsi que dans le mapping 3D.
Elle maîtrise de nombreux logiciels 2D et 3D et
apprécie elle aussi la puissance provenant de la combinaison
d’effets : « Pour des effets
particuliers, comme la chaleur de l’atmosphère ou
le vent dans les arbres, c’est la bidouille qui
prédomine, avec l’utilisation de plusieurs effets
combinés. J’ai travaillé
récemment chez Mac Guff aux trucages du film de
Costa-gavras, pour les JO de 2004. Pour créer
l’impression de chaleur, l’action se
déroulant en Grèce, j’ai
utilisé un filtre de bruit très agrandi, qui
m’a donné de très gros pixels bougent
aléatoirement. Ils m’ont servi de masque pour
appliquer un flou gaussien sur le paysage. Le résultat a
donné une image qui tremblait. De manière
générale, il existe une bibliothèque
de filtres de base qui sont super utiles :
l’étalonnage, le flou gaussien, le bruit, etc. Il
est rare qu’une combinaison de filtres resserve, mais cela
est arrivé en publicité, où par mode,
un effet a pu être stocké et
réutilisé sur plusieurs projets. J’aime
aussi beaucoup les filtres qui ont un rapport avec l’ombre et
la lumière de l’image, comme le glint et les
gloires dans le ciel. Le glint m’a servi de
manière détournée à
générer un écran TV qui
s’éteint, qui devient un point lumineux en deux ou
trois images. Le z-buffer est aussi super utile pour travailler le
modelé de l’image. J’aime aussi beaucoup
le lens flare des Sapphire dans Illusion, qui est très beau,
ainsi que celui de After Effects (le même que Photoshop) qui
est très fin. »
|
Un autre exemple
d’inventivité permise par le
nombre incalculable de filtres est donné par Guillaume
Cabello, de la société Live Dreams :
« Pour la série conçue par
Lionel Goldstein et destinée a l' habillage des
chaînes, nous avons développé un
concept d'animation, réalisé sur After Effects
à partir d'images créées dans
Photoshop, en utilisant la possibilité de
récupérer les calques. Dans un des premiers
épisodes traités, nous avons utilisé
deux effets de la dernière version d'After
Effects, la lumière 3D et le mesh warp. Pour le premier
effet, le but consistait a donner un peu de
crédibilité à la lumière
produite par la flamme d'une allumette qui venait allumer une bougie.
Le maniement de ce filtre quoique un peu délicat
s'avère être assez efficace, il a suffit de
modifier la "cible" de la lumière pendant le
déplacement de la main qui tient l'allumette, puis
d'élargir le faisceau de lumière au moment
où la bougie s'enflamme pour que l'effet prenne toute sa
dimension. Avec l'avantage que tous les calques validés
comme calques 3D étaient pris en compte dans le rendu de
l'effet. Le mesh warp, quant à lui, a
été utilisé pour animer la flamme de
l'allumette puis de la bougie. Pour donner un effet réaliste
a la flamme, nous avons créé une dizaine de
positions que nous avons ensuite agencé et espacé
de manière aléatoire. Le réglage de ce
type d'effet est assez simple mais comme souvent sa mise au point
demande pas mal de temps, surtout lorsqu'il s'agit
d'animation. »
|

Guillaume Cabello |
© octobre 2003 François Ploye et Pixel SA